Les sages l’expérimentent depuis des millénaires: la sérénité se trouve en nous.
Dans notre cerveau droit, confirment aujourd’hui certains anatomistes.
Dans son livre Voyage au-delà de mon cerveau, la neuro-anatomiste Jill Bolte Taylor décrit son expérience d’AVC, une hémorragie qui a mis l’hémisphère gauche de son cerveau en panne. Muette sur son lit d’hôpital, elle se sentait habitée d’une étrange euphorie. Seul son hémisphère droit fonctionnait, la plongeant dans un état quasi mystique.
« J’ai cessé de penser verbalement pour me contenter de simples images de l’instant présent. Je ne parvenais plus à réfléchir au passé ou à l’avenir: les cellules qui me le permettaient autrefois ne jouaient plus leur rôle. Je ne m’ancrais plus que dans l’ici et maintenant, et c’était magnifique! »
Cet état de conscience non verbal sans conflit, il est possible de l’expérimenter sans passer par un AVC. Les adeptes de certaines techniques de méditation appellent cet état « non-dualité ». Pour l’atteindre, ils proposent tous une question qui s’adresse à l’hémisphère droit, de ce type:

« Qu’est-ce que je suis lorsque je suis simplement conscient, sans interpréter, sans commenter, sans juger ? »
La formulation même de la question récuse d’emblée toute réponse de l’hémisphère gauche qui est celui qui interprète, commente et juge.
La réponse de l’hémisphère droit sera donc forcément non verbale.
La réponse qu’a donné une amie à cette question est très révélatrice du fonctionnement de notre cerveau: « Le premier mot qui me soit venu spontanément à l'esprit, c'est "potiche". »
Face à cette contemplation non verbale de la réalité que nous offre notre cerveau droit, l’hémisphère gauche qui veut tout comprendre, tout expliquer pour tout contrôler, ne peut s’empêcher d’intervenir pour donner son avis et donc son jugement: Potiche! C’est à dire, selon la définition du Larousse, une personne qui n’a aucun pouvoir sur le réel. Pour lui, perte de contrôle / lâcher prise ne peut signifier autre chose que bêtise.
Comme nous sommes habitués à laisser notre cerveau gauche commenter tout ce qui se passe, et que non seulement nous accordons généralement du crédit à ses jugements mais nous nous identifions à eux, prendre du recul par rapport à ces affirmations ne se fait pas du jour au lendemain. Ça demande d’observer encore et encore et encore la vision que le cerveau droit donne de la réalité. En se demandant si elle n’est pas bien plus réelle que celle proposée par le gauche.
Le guru indien de la non-dualité Nisargadatta Maharaj (1897 – 1981) donnait ce conseil à ses disciples: « Rappelez-vous des faits; oubliez les opinions. Ce qui est perçu dans la pure conscience, sans être affecté par les désirs ni la crainte, est un fait. » Pour nous-autres occidentaux cartésiens, on pourrait le paraphraser ainsi: Ce qui est perçu par l’hémisphère droit, sans tenir compte des opinions de l’hémisphère gauche, est un fait.
