- Christine: "Nous sommes douloureusement incapables de faire perdurer le contentement.
Différentes écoles au cours des siècles ont trouvé diverses explications à cette tare apparemment inhérente à l’homme.
Les taoïstes la nomment déséquilibre, les bouddhistes ignorance, l’islam blâme la détresse de l’homme dans une rébellion contre Dieu, et la tradition judéo-chrétienne attribue toutes nos souffrances au péché originel. Pour les freudiens, notre tristesse est le résultat inévitable du conflit entre nos pulsions naturelles et les exigences de la civilisation. Selon les yogis, l’incomplétude de l’homme ressort simplement d’une appréciation erronée de son identité.
Nous sommes malheureux parce que nous pensons n’être que de simples mortels, seuls avec nos craintes, nos faiblesses, nos ressentiments.
Nous croyons, à tort, que notre petit égo limité constitue à lui seul notre vraie nature.
Nous avons échoué à reconnaître notre caractère divin plus profond.
Nous ne réalisons pas que quelque part, en nous tous, il existe bel et bien un moi suprême qui est notre véritable identité, universelle et divine.
Tant que l’on n’aura pas pris conscience de cette vérité, nous serons toujours aux prises avec le désespoir.
Notion que le philosophe stoïcien Epictète a joliment exprimée dans cette apostrophe exaspérée :
« Tu portes le divin en toi, pauvre loque, et tu l’ignores. »"
J'ai lu ça dans "Aime, prie, mange", d'Elisabeth Guibert. Le livre en lui-même n'a rien d'extraordinaire, mais ce passage m'a beaucoup plu. Surtout « Tu portes le divin en toi, pauvre loque, et tu l’ignores. »
- Pierre: Ce genre de croyance me met en joie!
Les vraies raisons de notre désespoir sont la mémoire et la conscience.
Ainsi que le refus de la réalité.
Mémoire de notre jeunesse
Conscience de notre mortalité
Refus de notre impermanence.
Notre appartenance cosmique me fait rire. J'en ai rien à cirer de l'éternité de mes atomes.
Mon moi est l'ensemble de mes atomes.
Les croyances religieuses et autres ne sont que des médicaments. Qui de plus ont comme effets secondaires de nous empêcher d'être heureux et de nous épanouir.
Les nihilistes moralisateurs empêchent l'épanouissement de notre puissance!
Etc etc...
- Phil: Tout ce que tu dis se défend, Pierre. Il n'y a que la dernière phrase qui me chagrine.
J'ai dû rechercher la définition du nihilisme car je ne vois pas en quoi le texte est nihiliste. Wiki: Le nihilisme est une doctrine ou attitude, fondée sur la négation de toutes valeurs, croyances ou réalités substantielles. Qu'est-ce qui te fait penser au nihilisme ?
- Pierre: C'est une vision très personnelle.
Le nihilisme est une force destructrice.
Les morales en général veulent éteindre nos pulsions, nous éduquer, nous transformer en moutons.
Elles détruisent notre puissance interne : c'est en cela que je les qualifie de nihilistes.
En ce qui concerne le bonheur c'est un débat très complexe.
Est-ce le but d'être heureux?
L'important n'est-il pas l'acceptation de notre condition?
Ne pas vouloir changer ce qui ne dépend pas de nous.
J'aime l'idée de savoir différencier les choses qui dépendent de soi, que l'on peut si on le souhaite améliorer, des choses qui ne dépendent pas de soi qu'il faut juste savoir accepter.
Je crois que c'est ça le fameux "lâcher prise ».
Etc etc ....
- Phil: J'aime assez ta conception du lâcher prise et je te rejoins là-dessus.
Par contre tu parles de morales alors que le texte n'y fait aucune référence. Une conception spirituelle de la réalité n'est pas forcément moraliste. D'ailleurs on trouve des moralistes aussi chez les athées ! Ma conviction personnelle est que nous sommes et physiques et "spirituels", et que nous devons nous efforcer de vivre pleinement ces deux facettes de notre réalité.
La notion de "spirituel" ne s'appuie pour moi sur aucun dogme religieux mais plutôt sur cette constatation que lorsque "je" dis que je suis mon corps et ma personnalité, c'est une entité au-delà de mon corps et de ma personnalité qui le dit. Une entité immatérielle, inconceptuelle qu'on pourrait appeler spirituelle si les religions ne s'étaient approprié le mot.
La science même rejoint cette notion d'immatérialité puisque les atomes ne sont que des particules d'énergie en mouvement, et selon la théorie quantique, même pas des particules mais plutôt des vibrations, des ondes.
Dans ces conditions, les frontières des corps sont à peu près aussi réelles que les frontières sur une carte. Tant que nous nous croirons séparés du reste du monde, au lieu de le voir comme un tout, l'homme continuera son œuvre de destruction, et le sentiment de malaise persistera.
